Une amie m’a raconté récemment qu’elle avait claqué 400 euros dans une paire de baskets en édition limitée. Elle n’en avait pas envie deux heures avant. Puis elle a vu passer un post sur Instagram, quelques stories de comptes qu’elle suit, et hop, carte bleue dégainée. Le lendemain ? Regret total. Cette scène, elle se répète partout, tout le temps, et elle a un nom : le FOMO.
Un truc qui a un vrai coût financier
La Fear Of Missing Out, la peur de rater quelque chose, ce n’est pas juste un mot à la mode balancé par les magazines féminins. C’est un vrai phénomène psychologique qui pousse à des comportements franchement irrationnels, notamment côté portefeuille. Les dépenses impulsives dictées par cette anxiété peuvent atteindre des sommes qui laissent rêveur : voyages réservés sur un coup de tête parce que tout le monde y va, abonnements empilés parce qu’on ne veut pas rater LA série du moment, produits achetés en flash sale à minuit.
Le mécanisme est bête comme chou. On voit les autres profiter, on se dit qu’on est en train de passer à côté, on agit vite pour ne pas être exclu. Sauf que les autres, sur les réseaux, ne montrent que la partie fun. Pas les découverts bancaires derrière.
Le smartphone, cette machine à FOMO
Difficile de parler du sujet sans évoquer l’objet qui tient dans notre poche. Le smartphone est littéralement conçu pour entretenir cette peur. Notifications, stories qui disparaissent en 24h, offres limitées, comptes à rebours partout. Tout est fait pour qu’on ait la sensation qu’un truc se passe ailleurs, sans nous, en ce moment même.
Perso, je trouve que le pire c’est les stories. Ce format éphémère qui te dit « regarde maintenant ou tu rateras » — c’est du FOMO en bouteille. Même les plateformes de divertissement en ligne ont piqué la recette, avec des offres flash et des tournois limités dans le temps (ceux qui aiment ce genre de dynamique peuvent d’ailleurs rejoindre Casino Extra pour voir comment cette mécanique de l’urgence est exploitée dans l’univers du jeu). Bref, l’industrie entière a compris que l’urgence artificielle, ça fait cliquer.

Résultat : on déverrouille son téléphone 150 fois par jour en moyenne. Et à chaque fois, on cherche inconsciemment à vérifier qu’on n’est pas en train de passer à côté d’un truc.
Une génération épargnée, les autres non
Le truc intéressant, c’est qu’il y a une ligne de fracture assez nette entre les générations. Les personnes nées avant 1979 seraient les dernières à échapper massivement au phénomène. La logique tient debout : ces gens-là ont construit leur vie sociale avant l’arrivée des smartphones et des réseaux. Ils ont un rapport au temps, à l’ennui, à l’attente qui n’a rien à voir avec celui des générations d’après.

Pour tous les autres, et particulièrement les femmes selon les études qui remontent régulièrement, c’est un épuisement mental permanent. Comparaisons sociales, injonction à être partout, culpabilité de ne pas faire assez, de ne pas voir assez, de ne pas vivre assez. C’est fatigant rien qu’à l’écrire.
Comment on se retrouve à dépenser sans le vouloir
Le lien entre FOMO et compte en banque qui pique, il est direct. Prenons un exemple concret : le concert d’un artiste dont on n’écoute pas vraiment la musique, mais toute la bande y va. On prend le billet à 80 euros. On ajoute le train, l’hôtel si c’est ailleurs, les verres avant, le taxi après. On arrive facilement à 250 balles pour une soirée qu’on n’avait même pas prévue trois semaines avant.
Multiplié par les week-ends, les sorties, les gadgets vus sur TikTok, les cryptos que « tout le monde » achète, les NFT à l’époque, les baskets en drop limité aujourd’hui… ça monte vite. Très vite.
Et le pire, c’est que la satisfaction post-achat dure environ 20 minutes. Le temps du déballage et du post Instagram. Après, il faut trouver la prochaine dose.
Est-ce qu’on peut vraiment s’en sortir ?
Il existe plein de techniques qu’on retrouve partout : couper les notifications, faire des « digital detox », supprimer les applis un week-end, désactiver les stories, se désabonner des comptes qui déclenchent la comparaison. Ça marche. Un peu. Pendant quelques jours.
Le fond du problème, il est ailleurs. Tant qu’on tire notre valeur personnelle de ce qu’on vit versus ce que les autres vivent, on est cuit. C’est ce truc-là qu’il faut travailler, et clairement, ça se fait pas en éteignant Instagram le dimanche.
Certains psys parlent maintenant du JOMO — Joy Of Missing Out. L’idée : trouver du plaisir à rater des trucs. À rester chez soi un vendredi soir. À ne pas savoir de quoi tout le monde parle le lundi à la machine à café. À ne pas avoir vu la série. Sur le papier, ça sonne bien. Dans la vraie vie, c’est un travail de longue haleine parce que ça va contre tout ce que notre cerveau a été entraîné à faire depuis quinze ans.
Un phénomène qui va empirer
Avec les IA qui personnalisent encore plus le contenu, avec la réalité augmentée qui arrive doucement, avec les live shopping qui explosent, on n’a pas fini d’être bombardés. Le FOMO de 2026 n’a plus grand-chose à voir avec celui de 2015. Et celui de 2030 sera probablement encore plus vicieux.
La bonne nouvelle, c’est qu’on est de plus en plus nombreux à identifier le truc. Le mot circule, les articles se multiplient, les gens en parlent. C’est déjà une étape.
Après, entre savoir et faire, il y a un gouffre.
